gobelet

J’ai deux mains gauches mais je ne suis pas ambidextre, je tiens l’alcool mais mon estomac non, et quand j’étais petite, je trouvais que cinquante ans était l’âge parfait pour recevoir l’extrême onction. Je voudrais mettre du rouge à lèvres carmin, seulement parce que carmin est un joli mot, et quand je lis mes chouettes listes de vocabulaire magique à maman, je fais un four, parce qu’elle préfère s’occuper de faire cuire les aubergines sans matières grasses pour le régime de petite sœur. Elle me demande de l’appeler quand j’arrive à la gare, ce qui me semble être  une futilité incroyable: mon portable n’est là que pour recevoir des messages téléphoniques éplorés de gens qui ne savent pas où est leur fils, ou d’un pauvre gars qui le dimanche matin, ne sait pas quoi faire du corps alcoolisé qui traine dans sa voiture.

Mardi 16 novembre 2010 à 14:02

La ligne 11 du métro héberge une paire de types entre deux verres, pas assez saouls pour être drôles, mais plus assez sobres pour maîtriser leur vessies surannées. L'odeur de pisse aidant les entretiens intimes, Jean-Marie parle à Casquette rouge de son épisode traumatique à son retour de Guinée avec son fils. "quinze chez moi, lumière allumée, porte allumée!". casquette rouge ne dit rien mais a l'air d'un qui a les fils qui se touchent, alors ça n'est sans doute pas bien grave. Et puis ça ne dérange pas J-M de parler à un fou, puisqu'il continue sa litanie, en exprimant toute la violence de huit jours de séquestration par de grands gestes de ses mains noires, même qu'il touche Casquette rouge qui s'en moque toujours, jusqu'à la phrase "tiens toi bien.. ils m'ont sodomisé". Parler de sodomie dans un métro bondé à 14 heures, ça ne se fait pas, mais ça Jean Marie l'ignorait. Quand casquette rouge lui annonce que son problème à lui, c'est d'arriver à l'heure à Luxembourg pour déposer son manuscrit chez un éditeur, je vois déjà J-M se jeter sur le sac noir de son voisin pour voler les précieuses pages, mais il n'en fait rien. Il dit juste qu'il rentre chez lui, porte d'Orléans, dans sa petite chambre trop petite pour mettre une télé "c'est dommage, dit-il, avant, tout était bien". Casquette rouge se taille en souhaitant triomphalement une bonne journée au pénétré , et moi j'ai juste envie de lui offrir un bonnet, parce qu'arborer une casquette de couleur rouge en plein Paris, c'est honteux.

Mardi 2 novembre 2010 à 19:27

La clio rouge de berti est la décharge des citernes à Stella même pas fraiche, et pendant qu’il joue la groupie enamourée dans la loge d’un groupe yvelinois, le parking de la Scène de Vernouillet se voit pris d’assaut par la voix stridente de britbrit - à l'époque où elle avait encore des cheveux, et nous notre virginité - . En novembre, la diversité est de rigueur, faut dire qu’un gay, un aveugle, une haïtienne et une blanchâtre s’égosillant sur crazy dans un tacot, c’est peu commun. Un paquet de clopes plus tard, berti met le contact et coupe la parole à la blondasse qui beugle dans les enceintes. À quatre heures du matin, quelque part dans l’oise ou ailleurs, nos cerveaux qui se sont plantés de rails croient dur comme fer au changement d’heure imminent. Le bouche à oreille démarre très vite, et quand un type aux dents cliniquement mortes m’apprend qu’il n’est plus quatre mais cinq heures du matin, j’en oublie que c’est moi qui ait lancé cette rumeur idiote. Ca tient pas debout, mais à Montparnasse je préviens maman que j’arriverai à la gare vers quinze heures. Et quand à quinze heures dix, je ne la vois toujours pas arriver, la phrase qui s’impose à moi, c'est: « ah bah évidemment, elle a oublié de changer d’heure! »

Mardi 26 octobre 2010 à 21:33

Ta bouche mes mollets, mes joues tes poignets. On a trouvé l’hymne de la soirée, ou du moins un truc aussi con que nous à gueuler jusque dans la pizzeria pas loin de Jussieu. On est entrées là-dedans bille en tête, sans même trop savoir ce qu’on foutait là, et le gérant s’improvisant grand seigneur nous fait une grande pizza au prix de la petite.  Nos porte monnaies lui en sont si reconnaissants que le lendemain on trouvera même de quoi se payer le traditionnel sandwich dominical au Pomme de pain de Montparnasse.
Douze mois et quatre portables perdus plus tard, on est chez Robert, les californiennes crient voilà ! -en français dans le texte- et prennent leur tequila paf sans sel ni citron. On ne sait pas encore que quelques heures plus tard, on enverra un jeune majeur en dégrisement, alors on profite de la gratuité du william peel et des Lucky strike convertibles. Robert s’enfuit en laissant son 20 mètres carrés à une dizaine de gonzesses survoltées, et c’est sur une porte qui ne s’ouvre pas que le voisin qui travaille le samedi se casse le nez à trois heures du matin.  Quatre stations de métro plus loin, on traîne nico à la terrasse d’un bar ouvert 24/24, mais pas un seul pigeon pour nous payer un plat de pâtes. Dans cet état d‘esprit, le serveur qui nous vire sans nous le dire, on est à deux doigts de lui balancer nos sacs à la gueule, mais on se contente finalement de l’insulter, parce que voyez-vous, nous sommes de braves gens.

Mardi 12 octobre 2010 à 22:05

L’association espagnole de Reims est un endroit magique, et pas seulement parce que le local est impossible à trouver si on n’est pas rencardé. C’est là où l’assiette de frites est à un euro cinquante, et où le prix du baron défie toute concurrence. Le samedi soir, comme ça ferme à 23 heures, on a le temps de faire une bataille corse, de jouer avec les mots et d’exploser le baby-foot à coups de roulettes, tricheries et mauvaise foi. J’ai toujours aimé jouer au baby-foot, et dans le grenier de mes grands parents j’étais la meilleure, puisque mon adversaire principal était mon cousin de deux ans mon cadet. Seulement, quand j’encaissais dix buts à zéro contre papa, ses anciennes habitudes de soirées estudiantines prenaient le dessus et je devais passer sous le baby. Alors, entre une tournée et une cousue, mes réflexes du grenier sale reviennent, et c’est tout naturellement qu’en marquant un but, je lance un « et tiens! » triomphant à nos deux adversaires médusés.

Mardi 5 octobre 2010 à 20:35

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